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24 juin 2019
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Discours du Président du Parlement européen, Antonio Tajani, à l’occasion de l’ouverture officielle de la présidence roumaine

Photo: Agerpres

Permettez-moi, tout d’abord, de vous adresser mes meilleurs vœux de bonne année. 2019 sera une année déterminante pour la Roumanie et pour l’Europe. La présidence roumaine devra guider le Conseil de l’Union au cours des mois qui précèdent les élections européennes, à un moment où les citoyens réclament une Europe plus efficace.

La Roumanie a toujours eu une vocation européenne. Il y a plus de deux mille ans, nos ancêtres romains ont traversé le Danube et sont arrivés sur ces terres en édifiant un pont qui, à l’époque, était unique au monde. Cette épopée a changé le cours de l’histoire. Votre très beau pays tire précisément son nom de la forte présence romaine. Ces racines communes créent des affinités et une amitié naturelle nous rapprochent.

Je connais et j’apprécie depuis plusieurs dizaines d’années le peuple roumain. Il est courageux, déterminé, et généreux. Tout au long de votre histoire, ces qualités ont été maintes fois mises à rude épreuve et elles en sont sorties renforcées.

Ces qualités contribueront au succès de la présidence roumaine.

Tout autour de nous, les changements sont profonds et rapides. La révolution technologique, les flux migratoires, les tensions à nos frontières, le terrorisme, le réchauffement climatique : tout cela effraye de nombreux Européens. Face à une Union souvent incapable de donner des réponses rapides, les sirènes populistes gagnent du terrain.

Et pourtant, dans un monde toujours plus incertain, nous devons, plus que jamais, avoir une Europe forte pour protéger nos citoyens.

Il est essentiel de travailler ensemble pour une Europe plus efficace. La devise de la présidence roumaine fait écho à cette exigence : « La cohésion, une valeur européenne commune », parce qu’elle reflète précisément la volonté de ne laisser personne de côté.

Je partage la vision du grand diplomate Grigore Gafincu, qui au lendemain de la Seconde guerre mondiale disait à propos de l’Europe,: « Il n’y a qu’une seule Europe ! Même si son corps est mutilé et partagé, l’idée européenne est indivisible. L’Europe ne peut renaître dans l’Ouest si elle se meurt à l’Est. Nulle part le mot Europe ne trouve un écho plus fort que dans les États de l’Est. L’idée d’une unité européenne porte dans la pensée de toute une moitié de continent la promesse de la paix et, par conséquent, la promesse de la libération ».

La force de l’Europe unie n’est pas vaine. Pour nous, citoyens, cette force traduit, pour la première fois dans l’histoire, la capacité à vivre ensemble, librement et pacifiquement.

Cette force est à l’opposé de la violence et des schémas nationalistes. Elle s’appuie sur des valeurs, sur la démocratie, sur l’état de droit, sur le respect pour la dignité et la liberté de chacun.

L’Europe doit se donner les moyens d’agir. Il est primordial que le prochain budget pluriannuel de l’Union soit un budget politique qui reflète les priorités d’une Europe efficace. Ce serait commettre une grave erreur que de réduire les fonds de cohésion et les dépenses agricoles. Nous devons parvenir à un budget qui stimule les investissements dans l’économie réelle. Nous devons développer des infrastructures européennes modernes, investir davantage dans la recherche et l’innovation, soutenir les petites et moyennes entreprises. De même, des ressources supplémentaires sont nécessaires pour favoriser la transition énergétique. Le Parlement européen a voté sur un projet de budget conforme à ces priorités.
On compte sur la présidence roumaine pour promouvoir cette ambition et soutenir l’idée de cohésion et de solidarité. Chaque État membre doit créer des opportunités pour les jeunes dans leurs pays. Nous sommes ici pour enlever les barrières entre les anciens et les nouveaux États membres.

Plus de solidarité dans le prochain budget, signifie aussi que la solidarité ne doit pas être à sens unique. Je tiens à remercier la Roumanie d’avoir proposé d’accueillir des demandeurs d’asile ayant débarqué dans les pays de première arrivée. C’est un exemple à suivre.

Le principe de solidarité guide également l’aide apportée à la Roumanie dans son adhésion à l’espace Schengen. Le Parlement européen a toujours soutenu le pays sur la voie de l’adhésion à l’espace Schengen. J’adresse un appel aux États membres qui bloquent cette adhésion et les invite à modifier leur position. L’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l’espace Schengen sera bénéfique pour la sécurité de tous les pays européens et j’espère qu’elle sera conclue sous votre présidence.

Conclusion

Le vote sur le Brexit, les guerres commerciales, les contestations des citoyens et l’émergence des mouvements souverainistes nous obligent à réfléchir sur la voie à suivre.

Depuis le début de mon mandat, j’ai accueilli 14 chefs d’État et de gouvernement européens au Parlement européen pour débattre en plénière de la manière de changer l’Union. Merci pour votre précieuse contribution, Monsieur le président Iohannis.

La Roumanie doit jouer un rôle central dans la construction d’une nouvelle Europe. C’est l’essence du sommet de Sibiu, qui se tiendra le 9 mai prochain. Nous avons la lourde responsabilité d’obtenir des résultats. Sur la réforme de Dublin, qui ne peut plus attendre ; sur un marché intérieur plus équitable, au sein duquel tous – également les géants du web – s’acquittent de l’impôt et respectent les règles ; sur le défi relevé d’une ambition numérique ; sur l’achèvement de l’union bancaire ; sur une gouvernance économique efficace et démocratique ; sur un commerce ouvert avec des conditions de concurrence équitables.

Nous devons également défendre le droit des citoyens de voter librement lors des prochaines élections européennes, en veillant à garantir une campagne électorale dépourvue de fausses informations qui tendraient à manipuler les convictions politiques.

Comme l’a dit le philosophe Emil Cioran, il ne faut pas avoir peur « du champ des possibles ». La route qui s’ouvre devant vous sera difficile, mais le peuple roumain n’est pas seul. Pour la première fois, la Roumanie devra assumer la présidence du Conseil de l’Union européenne. La Roumanie relèvera ce défi !

Vous pouvez compter sur le soutien du Parlement européen et sur mon soutien.

À quelques semaines du centenaire de l’unité de la Roumanie, j’aimerais rappeler ce dicton de la sagesse populaire roumaine : « ce qu’une seule personne ne peut faire, deux le pourront » ! Alors faisons-le !

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